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histoire et mémoire.
vendredi 23 novembre 2007
par Gilbert Giraud
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Histoire et mémoire

« Je laisserai mon souvenir dans l’Histoire, car je suis le plus jeune des condamnés » aurait confié Guy Môquet à l’abbé Moyon qui avait accepté d’assister les otages avant leur exécutio]. On peut rapprocher cette confidence du jeune Guy Môquet de la fin de non-recevoir qu’oppose son aîné Charles Michels à une tentative d’évasion à haut risque[réf. nécessaire] « C’est ainsi et ainsi seulement que notre mort servira à quelque chose ». Ainsi, Guy Môquet et ses camarades auraient, de leur vivant, eu conscience de fabriquer une légende. Dès lors, il deviendra extrêmement difficile de séparer l’une de l’autre.

Octobre 1941 : Châteaubriant et Vichy.

Des exécutions d’otages avaient déjà eu lieu depuis le début du mois de septembre (voir : Les Allemands et la politique des otages), mais l’annonce, après l’attentat de Nantes, des dix-sept exécutions de Nantes, des vingt-sept de Châteaubriant et des quatre de Paris, et surtout la menace d’une deuxième vague de cinquante nouveaux otages crée un choc dans la France occupée. Le 24 au matin, Pétain confie à son chef de cabinet, Henri du Moulin de Labarthète, qu’il pense à se constituer prisonnier pour devenir le seul otage. Dans la journée, son entourage l’en dissuade. L’historien Robert Aron, pourtant souvent indulgent vis-à-vis du maréchal commente « Il n’accomplit pas ce geste qui, selon certains, aurait fait de lui un personnage de légende [...] ce qui est certain, c’est que le silence officiel du Maréchal, ne protestant pas contre de telles atrocités, a accentué le divorce entre l’opinion et Vichy. »

Le 25 octobre, Churchill et, ce qui est plus important car les États-Unis ne sont pas encore entrés en guerre, Roosevelt, s’élèvent contre ce procédé « qui révolte un monde déjà endurci à la souffrance et à la brutalité ».

Le 25 octobre également, de Gaulle déclare à la radio : « En fusillant nos martyrs, l’ennemi a cru qu’il allait faire peur à la France. La France va lui montrer qu’elle n’a pas peur de lui [...] J’invite tous les Français et toutes les Françaises à cesser toute activité et à demeurer immobiles, chacun où il se trouvera, le vendredi 31 octobre, de 4 heures à 4 heures 5 [...] ».

Les Français ont été tenus informés de l’événement et, le 29 octobre, les journaux annoncent que le Führer a renoncé à la deuxième vague de cinquante nouvelles exécutions. Selon Robert Aron, ils s’indignent que le Maréchal n’ait pas protesté publiquement.

1941-1945 : élaboration de la mémoire.

Quelque temps après le 22 octobre, Esther Gaudin, une jeune militante communiste de 15 ans et future mère de Pierre-Louis Basse, se voit confier la mission d’aller chercher le paquet de planches sur lesquelles les fusillés avaient écrit, en plus de leurs lettres, leurs dernières volontés. Les messages recopiés sont transmis à Jacques Duclos, responsable du parti clandestin qui expédie un paquet de documents à l’avocat communiste Joe Nordmann avec cette mention « Fais de cela un monument ».

Muni de tous ces témoignages, Nordmann traverse la France pour aller rejoindre Louis Aragon qui avait perdu le contact avec le parti. Aragon rédige Le Témoin des martyrs, un opuscule de quelques pages publié clandestinement aux Éditions de Minuit en février 1942 et qui fait rapidement le tour du monde. Il est lu à la radio de Londres par Maurice Schumann . Il y met en exergue le député Charles Michels, les dirigeants de la CGT Jean-Pierre Timbaud et Jean Poulmarc’h mais plus encore que les autres, le lycéen Guy Môquet :

« [...] Quand s’ouvre la baraque 10, le sous-lieutenant Touya lance sans hésitation, avec un sourire pincé, un seul nom : Guy Môquet. Le nom est un couperet qui tombe sur chacun de nous, une balle qui perce chacune de nos poitrines. Il répond d’un seul : présent ! Et comme sans réfléchir, droit, plus grand que jamais, notre Guy s’avance d’un pas rapide et assuré, dix-sept ans, plein d’inconscience et de vie ! À peine éveillé aux premiers rêves de l’amour, il est parti, notre Guy, comme serait parti un peu de nous [...]
Guy Môquet, qui avait eu une faiblesse au départ, mais dont le courage avait été égal à celui des autres en chemin, s’est évanoui dans la carrière. Il a été fusillé évanoui. [...] »

Le récit de l’évanouissement est contesté : voir le chapitre « biographie ».

Lorsque la presse clandestine du parti évoque les fusillés, les mêmes noms reviennent en exemple, et le benjamin est toujours mentionné.

En février 1943, un groupe de résistants bisontin choisit de s’appeler « Groupe Guy Mocquet ».

En décembre 1944, lors de sa publication au sein du recueil La Diane Française, Louis Aragon dédie à Guy Môquet et trois autres résistants : Gabriel Péri, Honoré d’Estienne d’Orves et Gilbert Dru, soit deux chrétiens et deux communistes, le poème La Rose et le Réséda, qui avait été publié isolément et sans la dédicace le 11 mars 1943, dans les pages littéraires du journal marseillais Le Mot d’ordre. Il contient les célèbres vers : « Celui qui croyait au Ciel / Celui qui n’y croyait pas ».

Dès les premiers mois de la Libération, les fusillés de Châteaubriant deviennent un enjeu de mémoire dans la lutte qui oppose de façon latente communistes et gaullistes. Maurice Thorez, avant qu’il ne soit autorisé par de Gaulle à rentrer en France, s’insurge depuis Moscou contre l’interdiction faite aux communistes de célébrer, le 21 octobre, jour d’élections, leurs élus parisiens tombés sous l’Occupation, et il avance une explication à l’interdiction : « Peut-être parce que les martyrs de Châteaubriant n’avaient pas attendu la défaite et l’invasion pour dénoncer et combattre le complot hitlérien contre la France [...] La plupart des héros de Châteaubriant n’avaient-ils pas été frappés par la répression dès septembre 1939 ? [...] D’autres arrêtés en octobre 1940, n’avaient-ils pas été parmi les pionniers de la Résistance nationale contre les occupants et les traitres ? [...] ». Pour Jean-Pierre Azéma], les fusillés de Châteaubriant ont été employés par les communistes pour faire oublier que jusqu’à l’invasion de l’Union soviétique en juin 1941, ils ne s’opposaient pas massivement aux Allemands.

1944-1946 : décoré à titre posthume

Le 28 décembre 1944, le Général de Gaulle signe le décret qui lui accorde la Croix de Guerre 1939-1945 et la Médaille de la Résistance. Le 9 février 1946, il est nommé Chevalier de la Légion d’Honneur ..

Parmi les otages de Châteaubriant, Guy Môquet est le seul à avoir été cité à l’ordre de la Nation

Il semble que de Gaulle et Prosper Môquet entretenaient des relations privilégiées. Pierre-Louis Basse rapporte que Prosper se souvenait qu’à la Libération, de Gaulle, chef du gouvernement provisoire aimait à fendre la foule de l’hémicycle, afin de venir saluer en trombe « Môquet ».. Deux jours après la mort de Juliette, c’est à dire le 12 juin 1956, de Gaulle envoie une lettre manuscrite à Prosper : « Mon cher Môquet [...] de tout cœur, je m’associe à votre chagrin [...] je ne vous ai pas oublié depuis Alger, et je n’ai certes pas perdu le souvenir de votre fils Guy, mort si bravement et cruellement pour la France . Madame Môquet, elle aussi, prit part à notre combat [...] ».

depuis 1944 : commémorations et hommages

Depuis la Libération les commémorations célèbrent les fusillés d’octobre 1941, mais en rangs dispersés : la ville de Nantes honore ses otages alors que le parti communiste rend hommage de son côté aux 27 de Châteaubriant avec une ferveur jamais démentie. Le 22 octobre 1944, premier anniversaire de la fusillade après la Libération, le PCF organise la première cérémonie de souvenir à laquelle assiste l’ensemble des forces de la Résistance. Dorénavant, c’est chaque année que se tiendra cette sorte de pèlerinage, mais à partir de 1947, avec la guerre froide, l’unité qui avait prévalu est rompue : deux cérémonies ont lieu à Châteaubriant, l’une officielle et l’autre sous l’égide du Comité national du souvenir, mouvement d’obédience communiste. À partir de 1981, la nouvelle donne politique, l’union de la gauche contribue à unifier les deux manifestations, mais, comme le note Didier Guyvar’h, le PCF en est le maître d’œuvre.

À Paris, au lendemain de la guerre, des commémorations sont également organisées rue Baron devant le domicile de la famille Môquet. On peut y voir les dirigeants les plus emblématiques du parti, comme Marcel Cachin ou Jacques Duclos mais aussi Michel Debré..

Depuis 1946, le nom « Guy Môquet » a été conféré à de nombreux équipements. En son honneur, une rue du 17e arrondissement et une station du métro parisien portent son nom depuis 1946. De nombreux autres équipements municipaux ou voies à travers la France sont baptisés du nom de Guy Môquet, dont un lycée à Châteaubriant, un stade de Drancy, ville francilienne fortement marquée par son passé de collaboration à la déportation durant la Seconde Guerre mondiale, tandis que la municipalité de Nantes a renommé une artère le Cours des 50-Otages.

 

 

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